Leadership & connaissance de soi
Le leadership ne consiste pas à aller toujours plus loin, mais à savoir jusqu'où il est juste d'aller… sans se perdre soi-même.
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Un film qui continue de vivre en moi
Vous souvenez-vous du dernier film qui a continué de vous habiter longtemps après la séance ? Non pour les réponses qu'il apportait, mais pour les questions qu’il soulevait ?
Cet été, c’est « La Bataille de Gaulle » qui m’a fait cet effet. Une scène revient souvent dans mes pensées : celle de l’homme seul face à l’Histoire, obligé de choisir entre ce qu’on attend de lui et ce qu’il considère comme juste. Ce n'est pas tant le récit historique qui m'habite que la réflexion qu'il fait naître : le chemin intérieur qui précède, à mes yeux, toute forme de leadership.
Porter seul une vision
Le film commence et s’achève sur la même idée : la solitude de De Gaulle. Au début, il est seul à porter sa vision ; à la fin, Churchill le lui rappelle. Cette construction en boucle me fait penser à une expérience que connaissent beaucoup de dirigeants ou de porteurs de projet : une vision nouvelle conduit souvent, avant d’être partagée, à une forme de solitude.
Cette solitude est rarement confortable. Elle oblige à tenir lorsque les autres doutent encore. Et elle soulève une question : qu'est-ce qui permet de rester fidèle à une direction lorsque personne ne la partage encore ?
En regardant le film, je n’ai pas vu dans le personnage de De Gaulle, un homme débarrassé de ses doutes. J'ai plutôt vu un homme qui cherchait, dans le doute et la solitude, à rester fidèle à ce qu’il considérait comme juste.
Tenir dans la solitude suppose alors d’avoir une connaissance suffisamment fine de ce qui, en soi, est négociable ou ne l’est pas. C'est peut-être là que commence le leadership.
Se connaitre avant tout
Cette réflexion résonne avec ce que j'observe dans les accompagnements que je réalise avec les décideurs et les managers. Les demandes portent le plus souvent sur des outils pour mieux communiquer, déléguer, gérer les conflits... Ces compétences sont précieuses, mais j'ai souvent le sentiment que l’on commence par la fin.
Car un outil ne fonctionne jamais tout seul : son efficacité dépend de la manière dont chacun s’en sert. Avant de travailler sur son savoir-faire, il est essentiel de commencer par son savoir-être : mieux se connaître, comprendre ce qui met en mouvement, ce qui ressource, mais aussi ce qui peut déstabiliser lorsque la pression monte. C’est dans cette rencontre entre la personne et l’outil que celui-ci prend véritablement toute sa valeur.
Je constate aussi que le manque de confiance en soi ou d’affirmation de soi est souvent évoqué face à une difficulté. En avançant dans l’accompagnement, on arrive fréquemment à des questions de méconnaissance de soi : de ses besoins, de ses limites et de ses ressources.
Lorsqu'on apprend à mieux se connaître, on peut commencer à se donner une valeur plus juste. On cesse de se sous-estimer parce qu'on connaît davantage ses ressources. On cesse aussi de se surestimer parce qu'on accepte ses limites sans les vivre comme un échec inavouable. L’erreur peut alors devenir une source d’apprentissage. C’est ainsi que se construit une estime de soi plus juste, qui modifie autant le rapport à soi que le rapport aux autres et, avec lui, les compétences émotionnelles et relationnelles.
Ce cheminement amène naturellement la question du dépassement de soi. Qu’est-ce qui permet de croire qu’une limite peut être dépassée ? Certaines limites sont là pour protéger l’équilibre. D’autres, devenues trop étroites, finissent par empêcher d'avancer. Le travail consiste alors à discerner celles qui méritent d'être respectées de celles qui demandent à être progressivement élargies.
Chaque fois que l’on franchit l'une d'elles, on découvre que l’on est capable d’aller plus loin qu’on le croyait. La confiance n’est pas un don. Elle se construit dans l’expérience. Elle se nourrit aussi de la mémoire de toutes ces expériences où l’on a découvert que l’on était capable.
Se connaître pour préserver sa lucidité
Se connaître, c’est aussi apprendre à reconnaître les conditions dans lesquelles on est capable de rester lucide… et celles dans lesquelles on risque de ne plus l’être. Ce qui épuise. Ce qui met sous tension. Ce qui altère la capacité de discernement. Mais aussi ce qui ressource, aide à reprendre de la hauteur et permet de retrouver une pensée plus juste.
Chacun a la responsabilité, discrète mais déterminante, d’apprendre à préserver les conditions qui permettent de décider avec justesse. On parle souvent de stratégie, de courage, plus rarement d’attention. Pourtant, ce sur quoi l’on porte durablement le regard finit par orienter sa manière de penser et de décider. Un esprit constamment absorbé par ce qui manque, ou ce qui représente une menace, finit par s'épuiser.
Apprendre à reconnaître ce qui nourrit et fait grandir n'a rien d'un optimisme naïf. C'est une discipline intérieure exigeante qui participe à la capacité à rester lucide, en particulier lorsque les circonstances deviennent difficiles.
En regardant La Bataille de Gaulle, j'ai été frappée par les moments où l'action s'interrompt. De Gaulle ne réagit pas immédiatement : il s'isole, réfléchit, doute parfois, puis reprend de la hauteur avant de décider. Le film montre finalement assez peu un homme qui agit ; il montre surtout un homme qui pense avant d'agir. Cette capacité à revenir à soi rappelle que prendre soin de sa santé mentale, émotionnelle et physique n'est pas un luxe : c'est une condition pour continuer à discerner et à agir.
Se détacher pour choisir librement
On reste attaché à ce que l’on a reçu : son éducation, ses habitudes, ses croyances. Cet héritage est précieux : c’est avec lui que l’on a commencé et grandi. Cependant, devenir pleinement soi suppose d'apprendre à s'en détacher progressivement, non pour le renier, mais pour choisir consciemment ce que l’on souhaite conserver, transformer… ou laisser derrière soi.
J’ai aussi vu cela dans le personnage de De Gaulle. En 1940, il ne renie pas ce qu’il a reçu, mais il refuse de s’y soumettre aveuglément. Militaire, il se libère de la discipline et de la hiérarchie lorsqu’il considère que celles-ci conduisent à renoncer au combat. Français, il refuse de confondre la France avec ceux qui la gouvernent alors. Il fait en quelque sorte le tri dans son héritage : il se détache de certains cadres pour rester fidèle à ce qui, à ses yeux, mérite d’être préservé.
Cette fidélité n'est donc pas une répétition du passé, mais un choix au présent, le sien. Le leadership commence aussi là : dans cette liberté intérieure qui permet de choisir ce à quoi l’on veut rester fidèle en soi, plutôt que de se laisser entièrement définir par ce que l’on a reçu.
Ouvrir un chemin commun
En relisant mes notes, mon fil d’Ariane m’est apparu. Tout commence par une personne qui se retrouve seule avec une conviction.
Pour se rester fidèle, elle apprend à s’écouter pour mieux cerner ses besoins, ses ressources et ses limites. Cet apprentissage continu nourrit une estime d’elle-même plus juste. Sa confiance grandit, reposant non plus seulement sur des convictions ou des modèles reçus, mais sur sa propre expérience. Elle apprend aussi à discerner ce qu’elle doit préserver, ce qu’elle peut dépasser et ce qu’elle choisit de faire grandir en elle, avant de pouvoir s’ouvrir et construire avec les autres.
C'est sans doute ce qui m'a le plus touchée dans ce film : une vision ne devient jamais collective sans travail personnel.
Elle peut le devenir parce qu'une personne a d'abord accepté de traverser la solitude, d’apprendre à connaître ses forces et ses limites, à en dépasser certaines, à choisir ce à quoi elle veut rester fidèle, puis à construire une alliance avec d'autres. Une alliance n'efface pas les différences, elle leur donne une direction commune.
Qu'il s'agisse d'une nation, d'une organisation ou d'une équipe, le défi me semble toujours le même : construire un chemin où chacun trouve sa place sans avoir à se perdre lui-même.
Le leadership ne commence pas lorsque l’on dirige les autres. Il naît le jour où l’on s’autorise suffisamment de liberté intérieure pour choisir sa propre direction, sans se perdre… et ouvrir, avec les autres, un chemin commun.
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C’est pour toutes ces raisons que mes accompagnements commencent par un travail de connaissance de soi : avant de développer de nouvelles pratiques, il s’agit d’abord de mieux se comprendre pour pouvoir se les approprier et les mettre en œuvre avec justesse.
Et vous ? À quel moment de votre parcours avez-vous eu le sentiment de commencer réellement à exercer votre leadership ?
Si ces mots résonnent en vous, vous pouvez me contacter ici pour un rendez-vous découverte de 30 minutes offert.
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Lectures inspirantes :
Oser avec audace - Comment le courage d’être vulnérables transforme notre façon de vivre, d’aimer, d’être un parent et un leader. Brené Brown 2022
Les vrais leaders se servent en dernier - Pourquoi certaines équipes se serrent les coudes e d’autres pas. Simon Sinek 2019
La confiance en soi. Charles Pépin 2018
Les vertus de l’échec. Charles Pépin 2016
Eloge de la chance. Philippe Gabilliet 2016